Du vélo chez les Thaïs !

Qu’ il y a t-il de plus commun qu’un voyage en Thaïlande ? Nous promettons une échappée belle hors des sentiers battus et nous voici en Thaïlande, destination prisée des touristes du monde entier ! A ceci près que nous y sommes arrivés en vélo. Que sa traversée, par les campagnes de l’intérieur, n’a rien de touristique et que le pays va nous laisser un souvenir « tradico-moderne » unique en son genre, sucré-salé, Asie oblige. Petit aperçu !

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Nous sommes le 5 avril 2019 quand nous quittons le Myanmar voisin. Le visa birman, qui ne s’étend pas, a compressé la traversée de cette nation en moins d’un mois. 1550 km divisés par 7 jours de visa = 57 km quotidiens. Rien d’impossible me direz-vous ? Oui, mais c’était sans compter la chaleur, les bivouacs (très) discrets , les casses mécaniques, etc… Bref : cessons de gémir, nous avons atteint la frontière thaï en temps et en heure. Youpi. Si je vous raconte tout ça, c’est pour vous dire dans quel état de fatigue physique – et mental ? – nous débutons notre périple au Siam : é-pui-sés. Complètement à plat. Nous sommes même surpris de voir les douaniers nous épargner une longue fil d’attente avant de tamponner nos passeports. Est-ce si visible ? Un instant plus tard, nous manquons de percuter un camion en pleine face. Retour sur terre et… à la conduite à gauche !

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Mae-Sot est une ville-frontière fonctionnelle. D’emblée, nous sommes surpris par le niveau de vie de la société thaï, indéniablement plus élevé que celui des pays que nous avons visité précédemment. Pick-up américains, berlines allemandes, enseignes luxueuses et villa de plusieurs étages. Nous avons changé de monde. Il va devenir difficile pour nous de trouver l’endroit pratique et/ou pas cher pour manger et dormir. Pourtant, il n’en n’est rien. Car il y en a pour toutes les bourses, malgré l’aspect plutôt confortable de la ville. C’est l’un des avantages de la Thaïlande pour des voyageurs regardant à la dépenses comme nous : les gargotes servent encore sous les buildings ! Étrange mélange entre société traditionnelle asiatique et modernité dévorante venue d’ Occident. Ce soir, nous profitons d’un motel que l’on paye habituellement pour 4 heures seulement (…). Nous allons y demeurer 72 heures. Trois jours d’ hibernation dans le ronron de la climatisation. Dehors, il fait 50 C° au soleil. Les vélos font la gueule aussi. Seule Mylène, détentrice d’une force mystérieuse dont seules les femmes disposent, reste debout pendant que cette aventure vacille. C’était Mae-Sot, un ville qui restera pour nous celle… du sommeil.

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Nous reprenons la route, enfin requinqués. Nous envisageons de traverser le nord du pays en empruntant une diagonale nous menant jusqu’à la frontière cambodgienne. Quel plaisir de rouler sur du bon bitume, sur des routes larges mais aussi tabassées par un soleil de plomb. Une fournaise ! Oui, je sais, je me plains beaucoup mais si nous devions donner un conseils à des cyclo-voyageurs débutants, ce serait celui-ci : surtout, n’allez pas en Thaïlande au mois d’avril. Pas en vélo. Un suicide solaire. Un petit calvaire. Mais le pire, c’est la nuit. La chaleur ne retombe pas et le sol est bouillant. Y planter une tente revient à vouloir dormir sur une pierrade. J’exagère à peine. Sur la route de Tak, nous laissons des litres de sueur dans des collines cramées par le soleil.

IMG_9769Proche du col, une voiture stoppe et nous examine. « Montez-vite, je vous redescend », nous dit le conducteur. Pourtant, redescendre c’est facile ? En fait, sans nous en rendre compte, nous sommes à deux doigts de la déshydratation. Khom pong krap, mister ! Merci, monsieur ! Comme d’habitude, celui qui nous donne à boire est un grand seigneur qui s’ignore et disparaît aussi vite qu’il est apparu. Nous ne connaîtrons jamais son nom. Dans le genre homme providentiel, nous pouvons aussi vous narrer notre rencontre avec ce vendeur de vélo. Thibaut ayant définitivement flingué sa jante arrière à force de taquiner ses rayons, voila que sa roue est en forme de huit ! C’est à ce moment que notre sauveur du jour intervient et remet l’ensemble d’aplomb, avec l’aide d’un acolyte sorti de nulle part. Nous fêterons ce miracle en vidant quelques bouteilles, généreusement offertes !

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Nous voici donc à Tak. Carrefour entre la région montagneuse de Chiang Mai et les plaines fertiles de Sukothaï. Nous roulons vers cette dernière et cette fois-ci, pas simplement pour s’y reposer. Car cette bourgade abrite l’une des plus belles cités historiques du pays. Elle fut un pôle important du pouvoir des rois et de la culture Thaï dans toute l’Asie du sud-est. La ville est de forme carrée, entourée par des fossés remplis d’eau. Dans ce carré, la cité royale et ses temples aujourd’hui endormis vieux de plusieurs siècles. Au soleil couchant, Sukothaï est belle, entre ses lacs de lotus mauves et les frangipaniers en fleur d’où une statue du Bouddha émerge, sereine, savante. Ici, un temple aux accents khmers, là une pagode aux piliers millénaires. On se balade dans la cité dans un calme olympien seulement perturbé par le chant du coucou Koël, un habitant-volant de la selve asiatique. Peu de touristes, le site est pourtant classé par l’UNESCO. Un très bel endroit à découvrir, loin de l’image tumultueuse que l’on se fait de la Thaïlande et de ses plages sulfureuses.

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Devant nous, une zone de colline se déploie. Jamais très hautes, ces collines sont difficiles à franchir à cause de la canicule sous laquelle il faut continuer de rouler. Et soudain, sans gêne, sans prévenir, sans bruit, un immense seau d’eau fraîche en pleine figure ! Le 13 avril, autorisation est donné à toute personne d’arroser la tronche de n’importe qui. Cela va durer trois jours. La fête de l’Eau vient de débuter pour commémorer un événement de la vie bouddhique, Song-kran. Autrement dit, tous les gamins nous arrosent de bon cœur. C’est une bénédiction qu’il ne faut pas vouloir éviter. Il faut sourire en recevant ces litres d’eau. Gamelle, pistolet à eau, tuyau de jardin, marmite, camion de pompier, tout est bon pour arroser son prochain. Bataille d’eau géantes, en plein cagnard. Sous un soleil triomphant, nous sommes mouillés du matin au soir. Et ce faisant, il faut bien le reconnaître, nos efforts dans cette chaleur sont moins pénibles. Vive la fête de l’Eau !

IMG_0068IMG_0006Sorte de week-end de Pâques du bouddhisme thaï, nous sommes souvent enjoints à la plus grande prudence par la police qui ne manque pas de nous gaver de gâteaux et de jus glacés. Près de Phitsanulok, nous sommes même invités dans la famille d’un policier. Nous partageons avec eux de succulents plats dont jamais nous ne pourrons nous lasser quand on connaît l’excellence de la cuisine thaï. Ce soir-là, une chambre nous est offerte. Une enfant de 5 ans nous montre sa maison, son chien, sa mère et les amies de sa mère. Nous ne comprenons rien à ce qu’elle dit. Nous découvrons la recette du riz gluant et le piment impitoyable des soupes : au feu !

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Nous partons maintenant dans une région plus arborée. De jolies cascades se cachent dans la forêt et nous sommes témoins de la beauté de l’une d’entre elles. Son nom est imprononçable mais ça finit par nam, qui veut dire eau ou cours d’eau. Nous voila donc à patauger dans une eau turbide mais fraîche. En effet, une cascade de 10 mètres fait chuter une petite rivière dans son lit en contrebas. Personne en vue. Des cocotiers, des oiseaux multicolores, l’éden. Pourtant une inscription en thaï sur un panneau nous interpelle. Nous demandons à un passant la signification de ces quelques mot : danger crocodile ! Nous ne sommes pas restés une seconde de plus dans le grand bain !

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Plus loin, nous sommes accablés par la chaleur. Nous décidons de nous réfugier sous le pré-haut d’un temple. Il se trouve qu’une cérémonie est organisée pour l’ordination des bonzes, jeunes et moins jeunes. Certains arborent un visage angélique. D’autres exhibent des tatouages de taulards. En tout cas, sitôt la cérémonie terminée, les bonzes en herbes se pavanent en selfies nombreux et renouent avec la cigarette. Il faut comprendre qu’ici la prise de vœux monastiques n’est pas ( forcement ) définitive. Elle est un passage incontournable de la vie d’un homme thaï. Même le roi y est passé.

IMG_0043Vous serez surpris d’apprendre que les fêtes d’ordination donnent lieu à des soirées copieusement arrosées. Viande à profusion, filles en mini-jupes, alcool à toutes les tables, nous sommes loin de l’image d’ermite que l’on se faisait de la Voix du Milieu. En revanche, nous devons préciser que c’est dans les temples bouddhistes que nous avons reçu un accueil réel et bienveillant. Parfois sans un mot, parfois avec plus de sagacité, nous sommes reçus sans question dans des petits temples de campagne, chez de vieux moines à lunettes, en toute simplicité. Notre ignorance des us et coutumes bouddhiques nous amène à des impaires inévitables mais les moines, souvent amusés et souriants de nos méprises, nous remettent gentiment sur le bon chemin. Sans conteste, le bouddhisme est la religion qui nous a le plus accueilli dans ses temples et monastères. Ce qui peut marquer un occidental, c’est l’évidente continuation de la vie normale dans l’enceinte de la vie monacale. On y mange, on y boit le thé, on discute, on échange, on prie et on s’y prosterne, on s’y promène, on joue avec les enfants. Seul un grand salon est dédié à la méditation des moines, inaccessible aux non-initiés. C’est coloré, lumineux, vivant. Surprenante convivialité d’un lieu dédié à la religion quand on connaît la froideur, le silence et l’austérité de nos églises européennes. A méditer…

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Nous sommes invités par Kwai à vivre un week-end à ses cotés. Toute la famille de cet inconnu s’est rendu en province afin de fêter l’ordination d’un petit cousin. Mais Kwai est ailleurs. Ça tombe bien, il parle anglais aussi mal que nous, c’est plus facile pour se comprendre. Il nous explique que depuis des siècles, la société de son pays est basée avant tout sur le paraître, parole de thaï : plus belle voiture, plus belle montre, plus belle maison, plus belle épouse aussi… Nous saisissons l’ampleur de la marche culturelle à franchir quand notre hôte nous explique, droit dans les yeux, qu’en Asie la vénalité n’est pas un vilain défaut. Elle est très commune et un enfant ne sera pas réprimandé s’il déclare qu’il veut simplement gagner le plus d’argent possible dans sa vie. C’est normal et c’est vertueux. « L’image donnée au monde est capitale pour un thaï » soutient-il. Son entretien nous éclaire beaucoup sur ce que nous voyons chaque jour. Addiction à internet et aux écrans de téléphones, adoption trop rapides de mœurs complètement étrangères sont les maux qui « « déglinguent » la vie du pays, nous dit-il. Un regard différent sur la société dans laquelle il vit, trop rarement exploré. En plus d’être philosophe, l’homme nous accueille à grand renfort de bières et de plats inconnus mais excellents. Passage à la fête du Nouvel An du 15 avril, soirée sur la terrasse et discours sur l’originalité du voyage en vélo. Merci Kwai pour cet accueil chaleureux et instructif.

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Nous reprenons la route du sud et abordons les rizières centrales. Un temple de faïence est perché sur une hauteur. D’étranges statues de « l’Éveillé » s’y enchevêtrent, les murs sont couverts de céramiques savamment disposées. Un bijoux de l’art bouddhique. Ça rappelle un peu les bancs bigarrés du parc Güel de Barcelone. Le temple de That Pra Son, une bien belle surprise !

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Nous atteignons Petchabun et une partie moins trépidante de notre chemin en Thaïlande. Nous empruntons les bords d’un axe majeur reliant Bangkok à la Chine, via le Laos. Hommes et animaux y attendent désespérément la pluie. Nous ne sommes plus aussi spontanément invités en nous rapprochant de la capitale. C’est une constante à travers le monde entier. Nous choisissons d’emprunter les petites routes de campagnes, lassés par le trafic des camions. Bonne pioche ! Nous déambulons dans les sentiers de rizières sèches. De belles maisons de bois sur pilotis, très aérées parsèment la campagne plantée de bananiers. Il arrive quelques fois que de petits singes s’enfuient à notre passage. D’énormes buffles domestiques survivent encore dans les champs de manioc. Dans ce coin, nous sommes les premiers farang ( nom donné aux occidentaux, dérivé du mot thaï farang-tset pour designer un français) depuis longtemps. La surprise puis un sourire fendent le visage des habitants de la région. Aucun touriste.

De vieilles pagodes à la toiture biscornue, défendues par des dragons à sept têtes, entourent l’enceinte de ces lieux sacrés. De jeunes filles à la chevelure d’ében brillant se défilent dans les ruelles. Leurs yeux noirs questionnent sur notre présence dans leur quotidien. La lumière du soir donne à la campagne cette ambiance exotique des paysans aux chapeaux pointus ramenant leurs bêtes à l’étable. Nous sommes au cœur de la Thaïlande historique. La nuit, nous devons prendre garde à ne pas camper trop près des champs car ceux-ci sont brûlés pour augmenter une prétendue fertilité. Les fronts de flammes se meuvent très vite et ne sont pas sous contrôle la nuit. Nous nous endormons à l’abri des regards. Enfin, plutôt sous celui d’un gecko singulier connu dans toute l’Asie pour son cri si particulier : Tok-ay ! Tok-ay ! Tok-ay !

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A Nakhon Ratchassima, nous profitons de la présence de boutiques chinoises pour réparer nos montures et d’une chambre d’hôtel pour profiter d’une authentique douche. Ne croyez pas que nous dédaignons le savon mais les quantités d’eau ne sont pas illimitées sur nos vélos. Nous sommes de nouveau reçus dans des monastère ou plutôt dans de simples cases où vivent de vieux bonzes chauves et ridés. Parfois, ces bons-hommes sont complètement déboussolés par notre arrivée et nous n’insistons pas.

IMG_0155IMG_0130IMG_9801Souvent, l’excuse universelle de l’eau est un bon prétexte pour provoquer la survenue de l’hospitalité. Sur la route du Cambodge, une famille nous recueille un soir d’orage dans un abri de jardin. Thibaut se lie d’amitié avec le petit chat de la famille. Le lendemain matin, nous apprenons que le chat est mort. Que s’est-il passé ? Nous n’aurons jamais de réponse mais ce matin-là, gênés, nous comprenons que la famille ne veuille pas nous dire au revoir. Serions-nous devenus des oiseaux de mauvaise augure ?

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Nous approchons la frontière cambodgienne, 50ème et dernier pays que nous visiterons avant de parcourir les campagnes de France, notre belle France. La peau des habitants est plus cuivrée, la langue thaï disparaît au profit du khmer. Le compteur affiche 58 200 km depuis Aulnay-sous-bois, point d’origine de ce long périple. Cela fait 40 mois que nous traversons le monde. La magnificence des temples d’Angkor est à quelques encablures. L’Aventure continue…

« Que l’on s’efforce d’être pleinement humain et le mal disparaîtra »

Confucius.

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