Dans le Caucase !

Après un ardent été turc, nous approchons maintenant les contreforts déjà enneigés du Caucase. Au programme : la découverte cycliste de l’ouest de la Géorgie et celle de l’Arménie du nord au sud, jusqu’aux confins de l’Iran. Suivez le guide !

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30 septembre, frontière turco-géorgienne : nous sommes ( enfin ! ) arrivés en vue de la mer Noire, tant attendue. Il y fait chaud et humide, l’humeur du jour est orageuse. L’entrée de médicaments en Géorgie est rigoureusement réglementée par les douaniers, nous dit-on. Nous nous méfions du zèle de ces fonctionnaires et préférons jeter nos derniers remèdes que de risquer de passer pour des trafiquants de drogues. Est-ce notre odeur stupéfiante ou la longueur de la file d’attente ? Nous ne saurons jamais mais quoiqu’il en soit, nous ne serons jamais fouillés ni questionnés. La bonne nouvelle c’est que nous voyageons désormais sans aucun médicament, advienne que pourra…

Morbdzandit Sakartvloshi!… Bienvenue en Géorgie ! Instantanément, nous venons de comprendre que nous venons de poser les roues dans un autre monde, presque sur une autre planète. Quels sont les points communs avec la Turquie voisine ? La mer Noire peut-être… Des filles font bronzette en bikini à portée de jumelle des miradors turcs, l’alcool est à volonté dans les bars bruyants jouxtant la frontière, clopes et vodka sont en vente libre sur les trottoirs : la frontière du vice et du péché ! Nous quittons cet endroit propice à tout les trafics et gagnons Batoumi, non sans savourer une bière fraîche, la première depuis des semaines avant de trouver un coin de bivouac isolé derrière des carcasses rouillées de vieux camions Kamaz. Bonne nuit.

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La France a Brive-la-Gaillarde. La Géorgie n’est pas peu fière de « Batoumi-la-rococo » ! Quel étrange mélange des genres. L’époque de l’empire rouge n’est pas si loin et de vieux bâtiments décrépis tiennent encore debout et abritent de nombreuses familles. Ils sont partout, d’un bleu ciel délavé ou d’un vert caca d’oie désolant. Et puis d’un seul coup, un casino flambant neuf ! Et puis un autre. Et un palace électro-luminescent de trente étages en bord de mer. Des dorures sur les toits, une fontaine à geysers, des statues abstraites, une plage de galets et de rutilantes berlines impeccables sur la riviera. Des palmiers, des russes fortunés par centaine et deux cyclistes français un peu déboussolés. Ce n’est pas vilain mais cela donne une vive impression de superficialité. Admettons : il en faut pour tout les goûts. L’eau chaude de la mer Noire nous réconcilie avec la ville et nous lance un énième défi : gagner un jour celle de l’océan Indien. D’ici là, il y a un paquet de montagnes à gravir !

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Commençons par celles de Géorgie. Nous quittons Batoumi en nous faufilant dans les très laids bourgs avoisinants. Tout y rappelle l’URSS, du temps où le système tournait : immenses friches industrielles, immeubles d’un aspect kolkhozien et vieux bus fumant d’un autre temps. Ici, la mécanique soviétique est plus solide que les engins plastiques du nouveau millénaire. A la vue des horribles bidonvilles jouxtant la route qui remonte les premières pentes de la vallée, nombre de géorgiens semblent croire obstinément aux chants des sirènes de Batoumi. Pourtant, loin s’en faut, tous ne joueront pas demain au casino…

La fraîcheur de la longue vallée d’Ajdarie va nous apporter un grand bol d’air pur après ce premier round un brin désopilant. Nous remontons maintenant le long de la rivière principale, passant des bananiers aux sapins et des palmiers aux alpages en moins de 48 heures. La pente est douce, les paysages le sont tout autant. Les potagers sont nombreux, les bergers hèlent leurs vaches dans le lointain. On ramène un troupeaux par ici, on fait les fourrages pour l’hiver par là. Nous retrouvons cette vie à la montagne que nous aimons tant, rythmée par les seuls cycles naturels. De vastes champs de kaki tapissent les vallons. Plus haut encore, les conifères dispersent leurs parfums de résine dans l’air et les feuillus ont revêtu leurs plus belles couleurs d’automne. La palette de vert et d’orange, surmontée par l’azur, est complète. De proprettes et humbles maisons de bois s’agglomèrent près des sources d’eau, parfois gazeuses et souvent d’une pureté cristalline. Le tintement des sonnailles et les grillons de fin d’été n’enlèvent rien à la beauté du petit Caucase, chaîne de montagne injustement méconnue.

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Un col à 2000 mètres séparent les deux versants qui décident de la destinée d’une goutte de pluie. Vers l’ouest en mer Noire, vers l’est en Caspienne. Nous suivons pour l’instant celle qui coule vers l’orient. Nous dégringolons littéralement de la montagne, poussés par un vent furieux. Un paysage de steppe arborée nous accompagne maintenant. Dans les villages, c’est plutôt la désolation. Beaucoup de maisons en ruine, beaucoup de vieillards solitaires, comme abasourdis. Les terrains de football sont en jachère, le piédestal de Lénine est déboulonné. S’y dresse maintenant une publicité ventant les qualités d’une marque de couche-culotte pour bébé. A force de descendre, nous entrons dans la cité d’Akhaltsikhé, à prononcer « Aral-chiré ». Le château de la vieille ville est joli et retapé. La ville, de peuplement arménien, a vu naître un chanteur bien connu des français, feu Charles Aznavour. Les notes d’Emmenez-moi nous reviennent quand la pluie fait son apparition et nous commande de trouver un abri, et vite ! Pourtant, la mentalité mercantile du coin va nous faire quitter ces rues où nous ne trouvons pas ces regards curieux ni ces habituelles mains tendues. Voici maintenant une semaine que nous sommes en Géorgie et nous n’arrivons pas à percer la glace avec ses habitants. Nous bivouaquons autour d’un énorme yaourt bulgare au bord de la rivière. Parfois, il fait bon aussi se retrouver en amoureux dans la promiscuité d’une tente, surtout quand il fait froid !

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Borjomi va d’ailleurs nous laisser une telle impression de froidure que nous ressortons collants longs, gants en poil d’alpaga et bonnets péruviens sur le champ ! Nous n’aurions jamais cru les revoir de si tôt ! Une méchante pluie glaciale va nous pousser à passer la sixième vitesse pour trouver un endroit où faire sécher nos affaires. Une vieille grange ferai l’affaire. C’est ainsi que nous le demandons et c’est ainsi qu’il nous sera expressément refusé de pénétrer dans la grange de cette modeste famille paysanne des environs de Kashouri. Au lieux de cela, le père nous invite à venir nous chauffer autour du poêle fissuré. Un vrai bonheur et il en faut peu. Des chaussons de grand-mère, une soupe épaisse et revigorante, du pain chaud et beaucoup de sourires. De toute façon, on ne se comprend pas. Nous ne parlons pas géorgien et l’alphabet national restera pour nous à jamais une énigme. En revanche, s’agissant de la dégustation de tous les spiritueux servis à table ce soir-là, nul besoin de philosopher !… Particularité du Caucase, les familles produisent souvent elles-même leur propre vin, plutôt corsé voir franchement déroutant. Mais c’est un grand honneur qui nous est accordé et refuser relève du blasphème. Va pour la « villageoise », l’essentiel n’est pas là. Car ces gens nous reçoivent, nous abritent, partagent leur vin et leur repas, ne comprenant rien à notre anglais et finalement, nous remettent en selle. Ce faisant, nous croyons avoir découvert un secret avec les caucasiens, au demeurant assez bourrus : il faut souvent faire le premier pas. Il faut prendre les devants pour parler avec eux. Passer le cap du bonjour, le mot « pran’gouli » sera votre meilleur atout. Un « pran’gouli » ? C’est un français, plutôt appréciés dans le Caucase tout entier.

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En approchant Gori, nous sommes éberlués de voir un vieil homme perché dans un arbre. Un arbre ? Non, de la vigne. Oubliez tout de suite l’image des coteaux soigneusement entretenus et des traits de vignes alignés au cordeau. Ici la vigne pousse en escaladant les canalisations de gaz de ville ! Nous engageons tout de suite la conversation, mais l’anglais est incompris et l’usage du turc peut décevoir. Avec force geste, nous parvenons à nous faire comprendre et l’homme nous invite à découvrir son travail. Toute la famille s’applique à la récolte, au pressage et à la vinification du liquide. Nous apprenons d’ailleurs que la viticulture est originaire de Géorgie. Bel argument de vente quand on sait qu’il y a d’excellents crûs produits dans le pays, qu’on se le dise ! Marh, 12 ans et un anglais parfait est notre guide et nous apprend les bases de la culture viticole de sa famille. Invités et rassasiés, nous reprenons la route en gardant un souvenir pétillant de cette jeune géorgienne mettant un point d’honneur à démontrer que son pays a tout pour plaire aux visiteurs.

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Gori est la ville de naissance d’un certain Joseph Sakatshvili. Il a sa statue en plein centre-ville, sa maison natale est encore debout et un musée grandiloquent honore toujours sa mémoire. Vous ne connaissez pas cet homme ? Mais si, bien sur, il s’agit de… Staline. L’un des pires dictateurs de l’histoire a son effigie au dessus des supermarchés de la ville. A Gori, on aime l’époque du « petit père des peuples », surtout celle du plein-emploi et celle de la stabilité des prix et des loyers. En arpentant les rues de la ville, on se demande si l’argument stalinien est fait pour satisfaire la curiosité des touristes ou bien si la conviction du bien-fondé du stalinisme est encore viscéralement ancré dans les cœurs. Mystère…

Nous avons définitivement l’hiver aux trousses ! Il est tapis en embuscade derrière les pics enneigés du grand Caucase, de l’autre coté de la frontière russe, l’ennemi intime de la Géorgie depuis la dernière guerre-éclair perdue en 2008. L’alphabet cyrillique tend à disparaître, surtout chez les plus jeunes mais les anciens gardent l’usage de la langue de Pouchkine. Depuis l’effondrement de l’URSS, les alphabets et langues nationales refleurissent partout dans les anciennes républiques devenues indépendantes.

En revanche, pour ce qui est de la vodka, aucun problème de compréhension. Encore une fois, chaque famille distille son propre élixir, sa propre potion… Celle-ci va nous torpiller, il n’y a pas d’autre mot. Pourtant, nous sommes arrivés avec du renfort avec deux allemands natifs de Dresde, ex-allemands de l’est, donc parlant quelques rudiments de russe. Sentence : une bouteille à quatre, sans somation. Ce jour-la, la queue entre les jambes, nous sommes repartis en zigzaguant !

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Fatigués mais joyeux, plus vraisemblablement éméchés, nous parvenons tout de même à gagner la capitale. Une très bonne surprise que Tbilissi, nichée entre des vallons abrupts et la rivière Koura. Dynamique, esthétique, tournée vers l’occident, la ville garde un vaste héritage multiculturel qui lui donne un visage de Sarajevo, cicatrices en moins. Un quartier juif par ici, une mosquée perse par là, un bout de béton soviétique et un pont hyper high-tech de l’autre sans oublier les incontournables casinos. Mais Tbilissi a franchement de la gueule et se visite avec plaisir d’autant que le centre historique n’est pas grand et permet de jolis points de vue. Des petits bateaux-mouches, des ruelles fleuries, des terrasses ensoleillées, des bistrots-bohème, un joli parc floral, un canyon surprenant où jaillit une cascade de 20 mètres, des bains soufrés et beaucoup d’églises. Une immense basilique couronne la ville sur le plateau nord. Les églises ont quasiment toutes la même architecture et l’intérieur est richement décoré en peintures, en autels scintillants. Certaines sont grandioses, d’autres plus discrètes mais les bougies sont présentes partout. Un charmant couple suisse rencontré à l’ambassade d’Iran nous accompagne et s’étonne lui aussi de l’aspect très cosmopolite de la ville.

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Nous franchissons la frontière arménienne un matin de grisaille. La dernière nuit fut pénible à cause de l’humidité. Comme pour nous redonner le sourire, un douanier débonnaire nous réconforte d’une clémentine chacun. Ça commence bien l’Arménie ! Très vite, nous nous retrouvons seuls sur les routes. Quelques paysans déambulent dans les champs, de la fumée s’échappe des vieilles battisses, les gamins s’effraient de nous et décampent à toute vitesse derrière les haies. Les nids de poules – nids d’autruche serait plus à propos – constellent la route dont le bitume date de l’époque de Khroutchev. Le chômage a complètement envahi l’industrie lourde restant encore debout. Nous remontons une vallée et plus la route s’élève, plus la densité de population diminue.

Nous arrivons enfin au col. Un groupe d’ouvrier de la voirie nous aperçoit dans un abri et se joint à nous pour le café. Une fois n’est pas coutume, c’est nous qui offrons de quoi se réchauffer un peu. Notre café doit leur paraître tellement insipide car ils y rajoutent des razades de vodka. Nous allons vite comprendre que cette relique des soviets va nous accompagner en Arménie. Nous déboulons, après une nuit bucolique mais fraîche près d’un ruisseau, à Vanazdor. Surprise : un vaste drapeau français s’agite dans le vent aux cotés des couleurs locales. Nous attendaient-ils ? Où est la fanfare ?… Il s’agit en fait du décorum diplomatique installé à l’occasion de la visite du président Macron dans le cadre de la célébration de la francophonie. Source Wikipédia : il n’existe que 0,3% d’arméniens francophones dans tout le pays. Nous n’avons pas bien compris la démarche. Mais sans doute ignorons-nous tout des secrets de la stratégie gouvernementale… Bref: il faut encore grimper. Nous choisissons de nous passer de la visite de Erevan, la capitale. Assez de camions, assez de trafic (routier), assez de villes défigurées par la crise, nous avons besoin de verdure ! Quitte à devoir nous fader encore bien des bosses, nous prenons la route du plateau du lac Sevan. En route !

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Et nous sommes contents de notre choix. Sur le chemin, de jolis paysages pittoresques se déploient devant nos yeux. Les vaches semblent mettre un point d’honneur à figurer sur tous les points de vue. Les chaumes sont déjà rassemblées dans les villages composés de maisons de bois colorées avec soin. Même les chiens, habituellement excités par notre passage, sont d’un calme olympien. Les jardins vivent à l’heure de la cueillette des citrouilles. La soupe aux choux mijote au coin du feu. Nous parvenons à gagner Diligan, située au creux d’un vallon rouillé par l’automne. Le temps d’un casse-croûte frugale et nous repartons vers le prochain col. La région est superbe, on la dit habitée par les loups. Les bergers, taiseux mais courtois, sont parfois armés. Le tunnel providentiel qui nous éviterait une montée harassante est interdit aux cyclistes. Nous pensons braver l’interdit quand nous apercevons la bouche du tunnel, d’une étroitesse dangereuse et surtout noir comme l’enfer ! Nous allons finalement prendre la petite route qui passe par la montagne…

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Encore un col, pas grand-chose, Dieu que ce pays est montagneux ! Un village d’une tristesse inouïe survit entre deux volcans endormis. Seul le mur de la « grande guerre patriotique » ressemble encore à quelque chose, vestige de l’époque soviétique. Un vieux blindé à demi enseveli sert de blutoir aux vaches maigres. Des enfants-mendiants nous coursent un temps puis s’essoufflent. Pas le meilleur coin d’Arménie. Il y a du tourisme mal organisé dans les parages et cela se sent dans les rapports qu’ont les locaux avec les visiteurs de passage.

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Nous voici aujourd’hui sur les bords miroitants du lac Sevan, la « petite mer » des arméniens, comme ils aiment à le présenter. Privés d’accès maritime, nombreux sont les habitants de ce petit pays à venir s’y rendre les jours où le soleil daigne se montrer à cette altitude. Notre regard est attiré par une presqu’île d’où s’élancent deux clochers à huit facettes, typique des églises arménienne. Il s’agit du monastère de Sevan, dans un état de conservation remarquable. En revanche, les marchands du temple font le siège de l’édifice et brisent un peu l’ambiance spirituelle du lieu. L’ensemble monastique étant situé sur une hauteur dominant le lac, nous restons là un moment à deviner où se faufilera notre route durant les prochains jours. Curieusement, l’eau du lac n’est pas glaciale. Nous en profitons pour faire trempette et laver du linge. Mylène profite aussi de sa dernière baignade en bikini avant longtemps… La route qui longe le lac par l’ouest est faite pour les camions et les voitures, pas pour les cyclistes. De toute manière, il n’y a que très peu d’arméniens pour se lancer à vélo sur les routes pentues du pays et nous les comprenons.

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Cela fait deux jours que nous longeons ce vaste lac d’altitude et nous commençons à nous dire qu’une bonne friture serai la bienvenue. Comme si nous l’avions pensé à voix haute, nous tombons nez-a-nez avec quatre joyeux lurons, heureux de rencontrer deux français en vélo. Ils nous installent à table et nous offrent… du poisson, grillé aux épices. Un régal ! L’ambiance est d’autant plus triviale que la vodka coule à flot. Un toast pour la France, un toast pour l’Arménie, un toast pour l’amitié franco-arménienne, un toast pour les cyclistes, un toast pour la famille… Nous ressortons de la baraque complètement bourrés. Il ne faudrait pas que ça devienne une tradition dans ce voyage. A Martouni, nous avons beaucoup de peine à gravir les premiers lacets du col où nous trouverons, par un vent glacial venu du nord, un endroit où planter la tente dans la nuit noire. Heureusement, nous ne l’avons pas planté à l’envers…

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Au réveil, une méchante gueule de bois nous rend la monnaie de la pièce. Sans nous en apercevoir, nous avons bivouaqué devant un beau volcan qui n’attend plus que quelques jours avant de se coiffer d’une calotte blanche. Nous sentons dans l’air la fraîcheur de l’hiver qui nous rattrape. Poursuivons plein sud !

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Quelques kilomètres plus loin, nous parvenons au creux d’un col aride et venteux et rencontrons une fille franco-afghane en voyage dans le Caucase. Nous papotons le temps d’avaler quelques chose. Elle nous explique qu’elle est en reconnaissance pour la préparation d’un voyage plus ambitieux encore : cheminer le long de la route de la soie de l’Europe jusqu’à la Chine à cheval. Nous ne l’avons pas rencontré ici par hasard : nous sommes assis devant un caravansérail vieux de 800 ans…

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Enfin une vraie et longue descente. Quel plaisir ! Le vent s’amuse de nos mèches de cheveux quand Thibaut remarque que ses plaquettes de frein n’ont plus aucun effet. Nous envisageons un temps de freiner avec les pieds quand la pente s’adoucit. Dans la vallée de Shatin, de vieilles citadelles témoignent encore des rapports difficiles que l’Arménie a entretenus avec les conquérants venus de tout les horizons. Aujourd’hui encore, ces rapports sont toujours aussi délicats puisque ce pays n’entretient de relations de bon voisinage qu’avec la Géorgie et l’Iran. La frontière turque est fermée depuis 25 ans et le conflit avec l’Azerbaïdjan est toujours en cours.

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Il fait beau ce matin-là à Vaik et nous avons la chance d’apercevoir le dôme blanc du volcan Ararat, symbole identitaire des arméniens. Nous sommes pourtant frappés par la malédiction, ou plutôt par les épines d’acacias. Nous établissons d’ailleurs un record : 10 crevaisons en une seule journée. Un couple cycliste autrichien se risque à nous suivre et nous partageons notre repas près d’une rivière d’eau claire. Le lendemain, il faut escalader les 800 mètres de dénivelés positifs pour vaincre le col du Zanghezour. Un vieux paysan nous offre des pommes spontanément. Un autre nous apporte un panier de victuailles, de quoi repartir avec le ventre plein ! La nourriture est parfois un peu roborative mais est faite pour tenir au corps !

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Après une journée complète de vélo, nous surprenons une humble bourgade dans la belle lumière du soir. Le soleil couché, le froid devient mordant et nous entamons les négociations pour trouver une chaumière où dormir. Mylène repère une maison colorée, des ruches bien ordonnées et des agneaux sautillant dans une bergerie. Une grand-mère riante ouvre un lourd portail grinçant et nous accueille avec sympathie et sans beaucoup de questions. « Babouchka » nous offre l’eau chaude d’une douche inespérée, une assiette d’épinards fumante et de délicieux beignets sucrés. Elle nous montre l’uniforme militaire de son mari et maudit les azéris, puis se radoucit. Babouchka en a gros sur la patate mais est restée humaine. Une tisane et au lit. Quelle hospitalité !

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Nous sommes à proximité de Goris quand nous obliquons vers la droite, à travers les montagnes. Nous voulons gagner un lieu particulièrement prisé des visiteurs. L’endroit est reculé et le chemin pour s’y rendre est ardu. Qu’a cela ne tienne, nous n’allons pas nous laisser impressionner. Cependant, il faudra quelques litres de sueur pour parvenir au but ultime de ce voyage en Arménie, le majestueux monastère de Tatev. Haut perché, défendu par des murailles de plusieurs siècles, ce joyau de l’architecture monastique arménienne ne se laisse pas approcher facilement. Un téléphérique nous aurait permis d’y accéder sans effort mais nos vélos refusent d’y entrer. Il a donc fallu grimper… mais cela valait le coup ! La récompense est au rendez-vous et nous pouvons profiter de superbes panoramas sur les alentours en empruntant le chemin de ronde. Quelques religieuses s’activent encore à faire vivre le monastère qui est patiemment restauré.

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Nous quittons Tatev pour Kapan, au demeurant beaucoup moins mythique. Nous sommes de retour dans l’Arménie post-soviétique, sinistrée et morose. De tristes clapiers en béton abritent, bon gré mal gré, des centaines de familles. Il y a du carton aux fenêtres et les bacs à sables sont vides. Quel genre d’être humain peut produire un tel habitat ? Défaits, nous cachons le bivouac derrière le mur d’enceinte d’une vieille forteresse enfouie sous les arbres. Karajan est une vieille cité minière encore vivante. Toute la montagne environnante est rongée par les camions-benne gros comme des maisons. La boue est partout, le vent se renforce.

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Le col de Meghri est en vue. Nous y parvenons non sans peine et in-extremis avant l’arrivée des premiers flocons. Nous descendons vers Megrhi-ville où l’altitude permet la culture de fruits exotiques qui pendent aux fenêtres en guise de rideaux. Les barbelés signalent déjà la frontière. Le théâtre d’un autre monde y est planté juste derrière, celui de la république islamique d’Iran. L’aventure continue…

« A Cœur vaillant, rien d’impossible »

Jacques Cœur.

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3 réflexions sur “Dans le Caucase !

  1. Que de belles rencontres à travers de ce magnifique voyage !!!!avec des kmssss au compteur quand même ! !!!🚵🚴.
    Donc vous avez fait une cure (thermale!)De vodka 🍸
    Ça réchauffe (🎼🎶🎵allumez le feu!!).récits et films de professionnels. On se régale, merci de partager ….Bonne fin d annee.Vive 2019
    Et vive nos Capsules SURTOUT.bises parisienne (dans la grisaille)

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