Voyage en Italie

« – Nous envisageons de passer par le col du Stelvio pour accéder à l’Italie.
– Ah… Le Stelvio ? Il vous faudra des chaînes pour passer là-haut ! »

C’est ainsi que, parfois, le voyage emprunte des voies inattendues. Le Stelvio est enneigé. Va pour le paso Brenaro, moins fascinant certes, moins éreintant aussi. Nous sommes le 11 mai quand nous « attaquons » l’Italie. Thibaut a fêté la veille ses 33 ans dans une cave d’anarchistes à Innsbruck. Il est temps de revenir sur les chemins qui mènent à Rome. La frontière est franchie, benvenuti in Italia. Surprise : les gens continuent de parler… allemand ! Et oui, nous sommes toujours dans le Tyrol, pays de langue et de culture germanique. Le Haut- Adige, aux villages de montagne soignés, ne daigne guère se séparer d’une ribambelle de nuages bloqués par la chaîne des Alpes. Petits chalets proprets, fontaines claires et sonnailles enchanteresses nous confirment que nous sommes encore dans la montagne. Et qu’elle n’a pas dit son dernier mot…

IMG_2021

Brixen est en vue. Nous dégringolons vers le versant ensoleillé du massif où déjà quelques traits de vignes apparaissent. La langue italienne se fait plus présente au fur et à mesure que nous descendons vers les pré-Alpes, en bordure des splendides Dolomites. Tiens, une rivière qui se hasarde entre deux vallons vers le sud, suivons-là ! Erreur, c’est un piège. Un col caché nous y arrache quelques litres de sueur et surtout l’axe de pédale de Mylène, made in Salvador. Sur une seule jambe et pendant 10km, elle parviendra malgré tout au creux du passage séparant la Lombardie du reste de l’Italie. Le paso Tonale n’est pas un mur mais il est long et nous le tentons sous un grésil givrant. Dans sa descente, nous roulons sur les inscriptions peintes sur la route à l’occasion du dernier Giro d’Italia . Et puis, il faut aussi prendre garde au passage inopiné des loups et des ours en dehors des passages cloutés !

IMG_8880

La superbe vallée de la Valtelina nous emmène à deux tours de roue de la frontière Suisse. Mais un lac attire notre curiosité, et pas n’importe lequel. Les superlatifs manquent pour qualifier la beauté du lac de Côme. Niché entres les cimes en forme de Y inversé, ses eaux cristallines reflètent l’éclat blanc des cimes en surplomb, quand l’onde n’est pas perturbée par la grâce des cygnes silencieux.

IMG_2072

Dans les environs de Lecco, nous devons nous rendre à l’évidence : les Alpes nous ont crevé… Assis contre un mur, jambes pendantes, les pensées dans le vague et le verbe plaintif, nous avons oublié que les murs ont des oreilles. Celles d’Anna et Danile, plus précisément.

« – Venez donc manger avec nous ! Ce soir, c’est risoto aux chanterelles… » s’exclament-ils.
Elle est musicienne et se produit au Dôme de Milan. Il travaille dans le commerce de la soie. Ils sont d’un accueil formidable. Une douche (chaude !), des chaussons (tout aussi chauds !) et des chanterelles délicieuses. Nous sommes encore éberlués par la spontanéité de leur hospitalité. Ils nous accompagnent chez Décathlon, nous capturent sur les hauteurs bucoliques dominant la plaine du Pô, ils sortent de la cave les grandes bouteilles. Elle va même jusqu’à nous offrir quelques notes sur son piano personnel. Du Mozart et des instants qui s’inscrivent dans la mémoire. Bref : une rencontre chaleureuse et inoubliable.

IMG_9002

Bergamo. Nous fredonnons les paroles de Diane Tell quand nos vélos s’ébrouent à grimper le rocher sur lequel le vieux Bergame a fait son nid. Les ruelles étroites du centre Renaissance se dispersent subitement devant l’éclatante place centrale. Crieurs de rue et saltimbanque-jongleurs se mêlent à merveille dans le décorum bergamasque, l’or du soleil couchant rajoutant ce qu’il faut de romantisme à la ville aux blanches murailles. Les vieilles villas presque endormies sont témoins de notre fuite vers les ruisseaux en contrebas, la ville étant bien trop chère pour y dormir.

IMG_2090

Le Pô. Fleuve sorti des entrailles alpines, se languit avec paresse dans les platitudes d’Émilie- Romagne. Poumon économique de la péninsule mais décidément trop monotone, cette plaine du Pô. Le retour de la pluie et une succession de villages taciturnes nous donnent vite l’envie de pédaler vers un ailleurs plus verdoyant, quitte à maudire ce que le relief nous réserve. Nous trouvons la montagne Ligure à notre goût et au lieu de se carapater vers Parme, nous obliquons maintenant vers la rose Plaisance.

IMG_9776

Un rayon de soleil ! Profitons-en pour nous faufiler dans les vallées tapissées de chênes verts. Sangliers par million, routes désertes, virages interminables nous font disparaître pour un temps dans le dédale des collines de Ligurie, méconnues mais ô combien sauvages. Le brouillard protège souvent des yeux trop pressés le secret de ce coin d’Italie. C’est un matin, abrité au creux d’une chapelle perdue dans les nuages que pour la première fois de ce long périple à travers le monde, nous avons aperçu la Mer des mers, la Grande Bleue : Mare nostrum !

IMG_9151

Retour de la pluie, retour de cette odeur de chien mouillé et des matins suintant. La vie de baroudeur et son aspect parfois sauvage procure, semble t-il, des hauts-le-cœur à nos rencontres transalpines. Finie la belle rencontre, finies les chanterelles et les chaussons de salle de bain. Mylène, qui définitivement, met un point d’honneur à ne pas correspondre au canon de la mode féminine, attire les regards de la compagnie, forte de ses chaussures crottées et de son maillot colombien d’un autre monde. Toujours chez Décathlon (cocorico !), elle s’offre le luxe d’un polo violet qui correspondra mieux à la visite fastueuse des villes toscanes. Les escarpins attendront !

IMG_2099

Mais pour l’instant, nous nous arrachons littéralement aux falaises de la côte Ligure. Nous avons acquis depuis un certain temps déjà le dicton suivant : ‘‘Quand c’est beau, c’est que c’est dur !’’. Indiscutable est l’adage quand nos mollets s’enflamment dans la raideur des pistes des Cinq Terres. Pour autant, quelle beauté que ces petits villages blottis aux creux des criques miroitantes. Quelques rares esquifs s’échappent encore à la quête de la prise miraculeuse. La pêche et la culture viticole ont façonné le visage de ces bourgs, accessibles seulement par la mer durant des siècles. Aujourd’hui, le percement de tunnels et des routes compliquées renversent l’économie locale et un million de touristes déambulent dans les venelles d’un autre âge. Ces touristes ont raison, les villages des Cinq terres sont tellement mignons. Mais que voulez-vous ? ‘‘On ne fait pas de pizza sans trancher les tomates’’, ironise Thibaut.

IMG_9255

IMG_9212

De retour sur l’asphalte et sur le plat, nous gagnons La Spezia et son arsenal. De là, nous pourrons suivre le trait de côte aisément jusqu’à Pise. Nous arrivons au pied de la célèbre tour en fin d’après-midi. Le baptistère et la cathédrale sont construits en marbre blanc et en bonne et due forme. Quant à la tour de Pise, en effet, il y a un problème. Un génial problème ! La construction est parfaite mais le soubassement l’est moins. Pourvu que ça tienne…

IMG_9302

Emprunter les chemins toscans sans passer par Florence eut été un sacrilège. Nous ne l’avons pas commis. Tant et tant a déjà été dit et écrit sur la capitale mondiale de l’Art. Elle vaut le détour et toutes les qualifications. De Vinci, Michel-Ange, les Médicis et bien d’autres ont construit sa renommée. On y flâne et on s’y perd. Les édifices richement décorés et… les files d’attente interminables ! Les statues monumentales, les coupoles grandioses, les vieux palais et les ponts plusieurs fois centenaires continuent d’entretenir le mythe florentin. Pourvu que ça dure !

IMG_9359

IMG_9419

Un très ancien sentier, heureusement balisé, rallie la Fiorentina à la capitale de l’Empire. La via Francigena, extension italienne des chemins de Compostelle nous guide à travers la campagne fleurie. La carte postale y est complète : les collines douces s’y succèdent dans la blondeur des blés déjà murs. Les champs remplis de coquelicots rivalisent de beauté avec les rangées de cyprès. Le vignoble de Chianti et ses domaines prisés nous enivre un peu à l’issu des longues journées de Toscane.

IMG_9494

IMG_9519

IMG_9455

Passé Viterbe, sous roulons sur Rome, la ville Éternelle. Vouloir tout vous décrire serait présomptueux. 3000 ans d’histoires, glorieuses et moins glorieuses , s’y superposent. Pour ne rien louper de la grandeur de Rome, nos vieux parents y ont fait le déplacement et nous les en remercions. Du Colisée à la place d’Espagne, du Forum à la fontaine de Trevi, nous voici déambulant dans le faste des palaces et des vestiges de l’Empire romain. Malheureusement, Mylène a dû retourner en France, sa grand-mère ayant quitté ce monde, elle qui avait béni ce voyage et attendait notre retour. Sur la place Saint-Pierre du Vatican, nous aurons l’occasion de recommander son âme à l’Éternel, sous la bonne veille de la Garde Suisse. Rome ne s’est pas faite en un jour et demeure, malgré les vicissitudes, le centre du monde catholique.

IMG_2457

IMG_2433

IMG_9765

La via Flaminia nous ramène aux turpitudes de la vie de cyclo-voyageur. Nous nous enfonçons dans les ravins de l’Ombrie où nous découvrons de splendides villages haut-perchés. Ambiance médiévale et murs crénelés entourent souvent ces bourgades pittoresques. La chaîne des Apennins est l’épine dorsale de l’Italie. Venteuse et fraîche, le pastoralisme y a encore de beaux jours devant lui. Les Apennins nous rappellent les Pyrénées .

IMG_9815

C’est ici le royaume du chêne et les belles flambées du soir dans les cabanes de pèlerins nous raniment et nous réchauffent. Sur la route du nord, nous stoppons un soir notre course pour le charme byzantin des basiliques de Ravenne. Nous y ferons la connaissance d’Andréa, natif de Bologne, qui nous rafraîchira d’une mousse bienvenue. Paraissions-nous si assoiffés ?

P_20180620_183341

P_20180620_154734_1

IMG_9918

Enfin, nous atteignons les rives de l’Adriatique et le charme marin des lagunes. Venezia, puissante Venise, est en vue. Quelle splendeur que cette cité singulière, construite sur l’eau. Nous y avons troqué nos vélos contre des chaussures de randonnée. La ville est plus grande qu’il n’y paraît. Nous nous mêlons à la foule des touristes sur la piazza San Marco, patron de la cité commerçante. Nous observons un long moment les va-et-vient des gondoles nonchalantes en face du palais des Doges. Les petits ponts d’amoureux, les grands ponts de bijoutiers, tout est fait à Venise pour ravir le touriste. La surenchère y est la règle, le luxe une banalité. Baroque, fantaisiste, maritime, tapageuse et … vénitienne ! Le pont des soupirs, celui du Rialto, les canaux cachés et le mystère des courettes intimes. Quelle joie de se trouver dans la cité d’un des plus illustres voyageur, Marco Polo.

IMG_0021

IMG_0037

P_20180623_140220

Comme lui, nous allons maintenant vers l’Orient, voir l’Extrême-Orient ! Nous voila en Slovénie, première étape de notre périple à travers les Balkans sur la route d’Istanbul. L’aventure continue…

« J’ai quelque part dans le cœur de la mélancolie,
Mélange de sang barbare et de vin d’Italie.»
M. Sardou

IMG_0051

IMG_0049

 

 

5 réflexions sur “Voyage en Italie

  1. Bonjour les jeunes ! Ce qui est extraordinaire et passionnant avec vous, c’est le regard que vous apportez sur des régions que l’on pensait connaitre. Nous sommes en Europe, aux portes de la France, et pourtant vous nous faites voyager…Comme quoi, la vision du monde, qu’elle soit d’un photographe, d’un peintre ou d’un globe trotter, peut tout changer. Bravo et merci !

    J'aime

  2. Coucou les Capsules….
    Pas besoin de guides touristiques genre routard et touty quenty (ne pas confondre avec Chianti.)Je dis ça pour les assoiffer!. genre les capsaoules. Oh!!!
    Merveilleux récits.avec des détails époustouflants.bonne continuation
    Et grand merci nous sommes captivés
    Bises de Paris. Plage avec 32 degrés

    J'aime

  3. Vous revenez vers la civilisation dite européenne avec les plus beaux paysages, une ville chargée d’histoire et une architecture vieille comme le monde. C’est avec plaisir à la lecture de votre beau commentaire que l’on se rend compte qu’il y a partout dans le monde des personnes avec des cœurs gros pour offrir comme dans la chanson de Georges Brassens un peu de feu un peu de bois. Gros bisous à tous les deux

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s